Faire des affaires en Chine ne consiste pas simplement à traduire une présentation commerciale en mandarin, ouvrir un compte WeChat ou adapter quelques éléments de son site internet.
Lorsquâune entreprise europĂ©enne commence Ă travailler avec des partenaires, des clients ou des prestataires chinois, elle dĂ©couvre rapidement que la relation professionnelle repose sur des codes qui ne sont pas toujours ceux auxquels nous sommes habituĂ©s en Europe.
La maniĂšre de prĂ©senter une proposition, dâexprimer un dĂ©saccord, de construire une relation de confiance, de nĂ©gocier ou mĂȘme dâĂ©changer autour dâun repas peut avoir une importance considĂ©rable.
Mais il existe Ă©galement un sujet dont on parle beaucoup moins : la maniĂšre dont vous ĂȘtes vous-mĂȘme perçu par votre interlocuteur chinois.
Un EuropĂ©en sans origine asiatique et une EuropĂ©enne nĂ©e en Europe mais dâorigine chinoise ou asiatique ne vont pas nĂ©cessairement ĂȘtre perçus de la mĂȘme maniĂšre lors d’une premiĂšre rencontre.
Cela ne signifie Ă©videmment pas que tous les Chinois rĂ©agissent de façon identique, ni quâune origine particuliĂšre garantit une relation commerciale plus facile. La Chine compte plus dâun milliard dâindividus, plusieurs gĂ©nĂ©rations, des rĂ©gions, des cultures professionnelles et des parcours internationaux extrĂȘmement diffĂ©rents.
Mais dans les relations interculturelles, la perception de proximité ou de distance culturelle existe.
Et dans mon parcours professionnel entre la France, Hong Kong et la Chine, jâai pu constater Ă quel point cette dimension pouvait influencer les premiers Ă©changes.

Ătre EuropĂ©enne et ĂȘtre perçue comme culturellement proche de lâAsie
Je suis nĂ©e et jâai grandi en France. Ma culture professionnelle est donc profondĂ©ment europĂ©enne et française.
Mais mes origines asiatiques et notamment chinoises font également partie de mon environnement culturel.
Cette double appartenance produit parfois une situation assez particuliĂšre.
Pour un interlocuteur européen, je peux expliquer certains comportements chinois qui semblent difficiles à comprendre.
Pour un interlocuteur chinois, je peux au contraire expliquer pourquoi une entreprise française fonctionne dâune certaine maniĂšre, pourquoi elle demande certains documents, pourquoi son processus de validation paraĂźt trĂšs formel ou pourquoi son Ă©quipe marketing souhaite obtenir des rĂ©ponses extrĂȘmement prĂ©cises.
Je me retrouve alors dans une position de traductrice culturelle.
Pas uniquement traductrice de mots.
Traductrice dâintentions.
Câest lĂ toute la diffĂ©rence.
Car lorsque deux entreprises appartenant à des environnements culturels différents travaillent ensemble, le problÚme vient rarement uniquement de la langue.
Une phrase peut ĂȘtre parfaitement traduite linguistiquement et pourtant ĂȘtre totalement mal interprĂ©tĂ©e culturellement.
Lâapparence peut crĂ©er une premiĂšre proximité⊠mais elle crĂ©e aussi des attentes
Il serait Ă©galement naĂŻf de prĂ©tendre que lâapparence physique ou les origines supposĂ©es d’une personne ne jouent jamais aucun rĂŽle dans une premiĂšre rencontre.
Lorsque je rencontre certains interlocuteurs chinois, mon apparence asiatique et mon nom peuvent produire spontanément une forme de proximité.
Une question arrive alors rĂ©guliĂšrement trĂšs vite dans la conversation : « DâoĂč viennent tes parents ? »
La discussion peut ensuite basculer vers les origines familiales, les langues parlées, Hong Kong, la Chine, la diaspora chinoise ou encore la vie en Europe.
Quelques minutes auparavant, nous étions deux professionnelles qui ne se connaissaient pas.
Quelques minutes plus tard, nous avons parfois trouvé un terrain culturel commun.
Cela peut accĂ©lĂ©rer la crĂ©ation dâun lien.
Mais cette proximité apparente possÚde aussi son revers.
Une personne dâorigine chinoise ayant grandi en Europe peut se voir attribuer immĂ©diatement une connaissance de la culture chinoise quâelle ne possĂšde pas nĂ©cessairement. On peut Ă©galement attendre dâelle quâelle parle parfaitement mandarin ou cantonais, quâelle comprenne certaines rĂ©fĂ©rences implicites ou quâelle se comporte selon certains codes sociaux.
La biculturalité ne se résume donc certainement pas à des origines.
Elle demande un véritable apprentissage.
Avoir des origines asiatiques et savoir travailler entre lâEurope et la Chine sont deux choses trĂšs diffĂ©rentes.
Un Européen occidental peut parfaitement réussir en Chine
Inversement, ĂȘtre un EuropĂ©en blanc ne constitue Ă©videmment pas un obstacle pour travailler avec des entreprises chinoises.
Des milliers dâentrepreneurs, dirigeants, ingĂ©nieurs, commerciaux et consultants europĂ©ens dĂ©veloppent depuis des dĂ©cennies des relations professionnelles remarquables en Chine.
La différence se trouve ailleurs.
Lorsquâil existe une distance culturelle importante entre deux interlocuteurs, la confiance doit parfois ĂȘtre construite de maniĂšre plus explicite.
Les travaux consacrĂ©s aux relations dâaffaires chinoises ont depuis longtemps Ă©tudiĂ© lâimportance du guanxi, câest-Ă -dire des relations et rĂ©seaux interpersonnels, ainsi que celle du mianzi, souvent traduit par la notion de « face ». Ces concepts jouent notamment sur la maniĂšre dont se construisent les relations, la confiance et les interactions professionnelles.
Dans beaucoup de relations commerciales europĂ©ennes, nous avons tendance Ă considĂ©rer quâun bon contrat, une bonne proposition commerciale et une dĂ©monstration rationnelle de la compĂ©tence peuvent suffire Ă instaurer une relation.
Dans certains environnements professionnels chinois, la confiance interpersonnelle peut prendre une place beaucoup plus importante.
On veut comprendre qui est la personne.
Qui lâa recommandĂ©e.
Avec qui elle travaille.
Depuis combien de temps elle est présente sur le marché.
Si elle sera encore lĂ dans deux ans.
Si elle comprend réellement les enjeux locaux.
La relation professionnelle ne disparaĂźt Ă©videmment pas derriĂšre la relation personnelle. Mais les deux peuvent ĂȘtre beaucoup plus Ă©troitement imbriquĂ©es.
Ce que la biculturalitĂ© permet rĂ©ellement dâapporter
Câest prĂ©cisĂ©ment ici que je considĂšre la biculturalitĂ© comme lâun des principaux atouts de HIKA.
Notre rĂŽle nâest pas de dire aux entreprises europĂ©ennes : « Voici comment pensent les Chinois ».
Ce serait beaucoup trop simpliste.
Notre travail consiste plutĂŽt Ă ĂȘtre capable dâobserver simultanĂ©ment une problĂ©matique depuis les deux cĂŽtĂ©s.
Lorsqu’une entreprise europĂ©enne souhaite dĂ©velopper sa marque en Chine, je comprends ce quâelle cherche Ă protĂ©ger : son identitĂ© de marque, son positionnement, ses standards internationaux, son reporting, son ROI, ses guidelines et parfois des processus de validation particuliĂšrement rigoureux.
Mais je peux également comprendre pourquoi la déclinaison chinoise envisagée risque de ne pas produire le résultat attendu localement.
Une traduction littĂ©rale peut ĂȘtre correcte mais manquer totalement sa cible.
Une campagne qui paraĂźt premium en France peut sembler froide en Chine.
Un argument considĂ©rĂ© comme rassurant en Europe peut ne prĂ©senter que peu dâintĂ©rĂȘt pour un consommateur chinois.
Une communication trĂšs directe peut parfois provoquer un malaise lĂ oĂč une formulation plus indirecte aurait permis de conserver une relation constructive.
Inversement, une rĂ©ponse chinoise volontairement prudente peut ĂȘtre interprĂ©tĂ©e par un EuropĂ©en comme un manque de dĂ©cision ou dâengagement alors que ce nâest pas nĂ©cessairement le message transmis.
Le vĂ©ritable travail interculturel consiste prĂ©cisĂ©ment Ă dĂ©tecter ces diffĂ©rences avant quâelles ne deviennent des problĂšmes.
Marketing en Chine : traduire nâest pas localiser
Cette logique est encore plus importante dans le marketing digital.
La Chine possÚde son propre écosystÚme numérique.
Google nây occupe pas la mĂȘme position quâen Europe. Les marques doivent comprendre Baidu mais Ă©galement des plateformes comme WeChat, Douyin, Xiaohongshu ou encore Weibo.
Les comportements de recherche, de recommandation et de dĂ©couverte des marques peuvent Ă©galement ĂȘtre trĂšs diffĂ©rents.
Câest prĂ©cisĂ©ment lâun des sujets que je dĂ©veloppe dans mon ouvrage « DĂ©velopper sa marque en Chine grĂące au marketing digital », publiĂ© aux Ăditions You Feng.
Le livre aborde aussi bien les valeurs culturelles et les relations professionnelles que les stratégies de visibilité sur les moteurs de recherche et les plateformes chinoises, notamment Baidu, WeChat, Weibo et Douyin. (You Feng)
Jâai souhaitĂ© Ă©crire ce livre parce que je voyais rĂ©guliĂšrement le mĂȘme phĂ©nomĂšne : des entreprises europĂ©ennes investissaient dans le marchĂ© chinois en appliquant des mĂ©thodes europĂ©ennes simplement traduites en chinois.
Or la Chine nâest pas une version chinoise du marchĂ© français.
Ce principe vaut pour le marketing comme pour les relations humaines.
Une véritable stratégie de localisation doit comprendre les mots, mais également les usages, les références, les plateformes, les moteurs de recherche, la perception de la marque et la maniÚre dont la confiance se construit.
Câest Ă©galement la raison dâĂȘtre de HIKA
Avec HIKA, nous avons justement construit une agence internationale capable de travailler entre ces différents environnements.
Nous accompagnons notamment les entreprises sur le Search Marketing, le Content Marketing, le GEO, le linkbuilding, le Medialinking et les problĂ©matiques dâe-rĂ©putation, avec une expertise spĂ©cifique des marchĂ©s occidentaux et asiatiques. Notre travail peut ainsi concerner Google comme Baidu, mais aussi des plateformes telles que Xiaohongshu, Douyin, WeChat ou Naver. (HIKA)
Cette double expertise est fondamentale.
Une agence uniquement européenne peut trÚs bien connaßtre Google mais sous-estimer certains usages asiatiques.
Une agence exclusivement chinoise peut parfaitement connaĂźtre son marchĂ© mais rencontrer davantage de difficultĂ©s Ă prĂ©server toutes les subtilitĂ©s du positionnement initial dâune marque europĂ©enne.
HIKA se situe volontairement entre les deux.
Nous ne voulons pas simplement transporter une marque dâun pays vers un autre. Nous voulons faire en sorte quâelle soit comprise dans les deux cultures.
Cette différence peut paraßtre subtile.
Dans la rĂ©alitĂ© dâun projet international, elle peut pourtant changer Ă©normĂ©ment de choses.
Entre la France et la Chine, la confiance ne se traduit pas
AprĂšs des annĂ©es passĂ©es Ă travailler sur le marketing digital international, je reste convaincue dâune chose : les technologies facilitent Ă©normĂ©ment lâinternationalisation des entreprises, mais elles ne font pas disparaĂźtre les diffĂ©rences culturelles.
Nous pouvons dĂ©sormais traduire instantanĂ©ment un texte avec lâintelligence artificielle.
Nous pouvons organiser une visioconférence entre Paris, Hong Kong et Shanghai en quelques secondes.
Nous pouvons analyser les tendances chinoises depuis lâEurope.
Mais aucun outil ne remplace totalement la comprĂ©hension de la personne qui se trouve de lâautre cĂŽtĂ© de la table.
Travailler avec des Chinois lorsque lâon vient dâEurope nĂ©cessite donc davantage quâune traduction linguistique.
Il faut apprendre Ă reconnaĂźtre les implicites.
Comprendre les codes.
Savoir quand expliquer.
Savoir quand reformuler.
Savoir parfois ne pas traduire littéralement.
Et surtout savoir crĂ©er un espace dans lequel deux cultures professionnelles peuvent se comprendre sans demander Ă lâune de devenir lâautre.
Câest prĂ©cisĂ©ment ce que ma propre biculturalitĂ© mâa appris au fil des annĂ©es.
Elle ne constitue ni un passeport automatique vers la Chine, ni la garantie dâĂȘtre immĂ©diatement acceptĂ©e par tous mes interlocuteurs.
Elle me donne en revanche une capacitĂ© extrĂȘmement prĂ©cieuse : comprendre pourquoi deux personnes peuvent regarder exactement la mĂȘme situation et pourtant ne pas voir la mĂȘme chose.
Et lorsque lâon accompagne une marque entre lâEurope et la Chine, cette capacitĂ© peut devenir un vĂ©ritable avantage stratĂ©gique.
Pour les entreprises qui souhaitent approfondir ces questions, mon livre « DĂ©velopper sa marque en Chine grĂące au marketing digital » revient sur les codes culturels du marchĂ© chinois ainsi que sur les principaux leviers permettant dây dĂ©velopper sa visibilitĂ© numĂ©rique. (You Feng)
Et pour les marques qui souhaitent ĂȘtre accompagnĂ©es concrĂštement dans leur dĂ©veloppement entre lâEurope, Hong Kong, la Chine et plus largement lâAsie, câest prĂ©cisĂ©ment la mission que nous poursuivons avec HIKA : associer expertise digitale internationale et comprĂ©hension interculturelle pour construire des stratĂ©gies qui fonctionnent rĂ©ellement des deux cĂŽtĂ©s. (HIKA)
Jâai volontairement gardĂ© le passage sur lâEuropĂ©en blanc vs lâEuropĂ©enne dâorigine chinoise, car câest justement lâangle diffĂ©renciant de lâarticle, tout en ajoutant une idĂ©e importante : la proximitĂ© perçue peut faciliter le premier contact, mais elle peut aussi gĂ©nĂ©rer davantage dâattentes envers une personne de la diaspora. Cela rend le propos beaucoup moins caricatural et beaucoup plus intĂ©ressant.
Je peux aussi te faire une version beaucoup plus personnelle, écrite comme une tribune de Véronique Duong avec des anecdotes vécues en Chine/Hong Kong, qui serait probablement encore plus forte pour LinkedIn et pour le blog HIKA.




















